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ACTUALITES DE LA SITUATION MALIENNE

NOUVELLES DE BONI ET DE KOYO SUITE AUX EVENEMENTS

Paris, le 31 Août 2014,

" Chers Amis,

 

Les fils que nous avons commencés à tisser il y a exactement 10 ans avec les habitants de Koyo et Boni se sont assemblés en un tissu qui résiste bien à l'épreuve du temps, et ce malgré les aléas de la situation géo-politique du Mali qui nous empêchent de nous rendre sur place depuis 2010.

Voici les appuis mis en place depuis le début de cette année :

- Poursuite de la convention signée avec le District Sanitaire de Douentza en 2013, pour assurer les salaires des médecins et infirmiers de 8 Centres de Santé Communautaires (CSCOM) pendant encore 6 mois. Cet appui a donc pris fin le 30 juin. Rappelons qu'en 2013 ce sont 15 CSCOM, en grand péril de fonctionnement, que nous avions soutenus.
Il était convenu, avec le Médecin-Chef du District, qu'il s'agissait là d'une aide exceptionnelle liée aux conséquences de la situation politique du pays.

- Mais nouvelle convention signée avec la Mairie de Boni, depuis le 1er juillet, pour poursuivre le financement des salaires du personnel (1 médecin, 1 infirmière obstétricienne, 3 aides-soignants, 2 matrones et 1 gardien) du CSCOM de Boni.
Boni faisait déjà parti des CSCOM soutenus depuis 18 mois. Les liens particuliers qui nous unissent à cette commune, et en particulier notre attachement au fonctionnement du CSCOM depuis 10 ans, nous ont fait répondre présent à la sollicitation de la Mairie et du Chef de Centre le Dr Souleymane Diarra (dont nous avons organisé et financé l'installation il y a 5 ans). Cette convention a été signée pour une durée de 6 mois renouvelable une fois. Nous espérons qu'au terme de celle-ci le CSCOM retrouvera son autonomie comme c'était le cas avant la guerre dans le Nord-Mali. Rappelons que le CSCOM couvre une aire de santé de 22000 habitants.

- Dotation en médicaments et moustiquaires du village de Koyo. Elle a été apportée sur place directement par notre coordinateur Bouba Traoré qui est resté quelques jours au village et a effectué, avec l'aide d'Alabouri Guindo, agent de santé, 139 « consultations curatives » dont 46 pour des enfants de 0 à 5 ans. Le paludisme est toujours en tête des pathologies rencontrées (19 cas) alors que nous ne sommes qu'au début de la saison des pluies.

- Financement d'une « moto-taxi-ambulance ». Ce projet imaginé par les habitants de Koyo en 2013, s'est concrétisé au début de cette année. C'est Hamidou Guindo qui en est responsable et en assure la conduite. La moto est stationnée au CSCOM de Boni et permet de relier beaucoup plus rapidement les villages de la plaine, dont certains sont situés à plus de 2h de marche du CSCOM. Les bénéfices doivent permettre au village de Koyo de financer, au moins en grande partie, l'achat de médicaments. Nous en ferons l'évaluation après 1 an de fonctionnement.

- Dotation de 3 tonnes de mil pour la « banque céréalière » du village de Koyo. La période de « soudure » étant très difficile, ne permettant que 1 à 2 repas par jour pour les adultes depuis plusieurs semaines, le conseil du village a sollicité notre appui mi-août. Les 3 tonnes ont pu être achetée cette semaine sur le marché hebdomadaire de Boni.

- Indemnisation de notre coordinateur sur place Bouba Traoré. Bouba, avec qui nous avons monté les premières actions il y a 10 ans, est indispensable au fonctionnement de Tisser la santé. Il effectue régulièrement des missions d'évaluation, ainsi que des consultations à Koyo. Infirmier depuis une vingtaine d'années, il a entrepris une spécialité en ophtalmologie que nous finançons depuis le début. Il entre en 3ème et dernière année. Ses grandes qualités professionnelles et humaines font qu'il vient d'être nommé directeur technique du CSCOM central de l'importante ville de San (région de Ségou).

L'ensemble de ces appuis représentent un engagement financier de 22 800 € (dont 10351 € pour l'appui au District Sanitaire de Douentza qui s'est terminé le 30 juin).

Toutes ces réalisations, ne pourraient se poursuivre sans votre aide, Tisser la Santé ne touchant aucune subvention.

Nos amis maliens, que nous avons très régulièrement au téléphone, ne manquent jamais de vous remercier pour ce que vous nous permettez de réaliser depuis 10 ans.

Merci à vous tous et bonne rentrée !


Très cordialement "
Dr Pierre Lamache

 

Paris, le 16 décembre 2013,

 

" Chers Amis,

 

2013 arrive à son terme. Tisser la Santé, grâce à vous, a pu remplir son rôle auprès de nos amis maliens, malgré notre absence physique sur le terrain en raison de l'insécurité encore très présente. Fort heureusement nos réseaux fonctionnent bien, en particulier grâce à Bouba Traoré notre coordinateur sur place.

Bouba, infirmier de formation, a repris des études à Bamako pour se spécialiser en ophtalmologie. Il vient de rentrer en 2ème année (sur 3), mais a pu tout de même mener des missions d'évaluation trimestrielles de nos actions en cours. Ces missions n'ont pas été simples car il a dû se rendre dans les 14 centres de santé que nous avons soutenus en 2013. Certains de ces centres sont très éloignés des pistes carrossables. Ils font tous parti du District Sanitaire de Douentza dirigé par le Dr Youssouf Coulibaly, médecin-chef basé à Douentza.

Le District compte 19 Centres de Santé Communautaire (CSCOM) rattachés au Centre Santé de Référence de Douentza (CSREF).
Dans ces centres, au cours des 6 derniers mois de l'année 2012, bon nombre de personnels de santé ne touchaient plus de salaires. 7 centres étaient sur le point de fermer et 10 étaient en grave pénurie de médicaments (les médicaments sont présents sur le marché malien mais ces centres n'avaient plus de trésorerie suffisante pour le réapprovisionnement). Le Dr Youssouf Coulibaly, avec qui nous sommes en relation depuis de nombreuses années en raison de nos actions sur la commune de Boni, nous a sollicité début 2013 pour soutenir ces centres d'autant plus que le CSCOM de Boni faisait parti de ces centres "sinistrés".

Nous avons alors décidé d'utiliser l'argent des « briques », puisque la situation rend impossible le projet de construction du nouveau CSCOM de Boni et qu'il nous a semblé plus important de répondre aux nouvelles priorités. Tisser la Santé a donc signé une convention avec le District Sanitaire de Douentza et débloqué la somme de 36300 € permettant de financer les salaires de 25 personnes travaillant dans ces 7 Centres et d'assurer la dotation en médicaments de 10 Centres pour l'ensemble de l'année 2013.
Nous n'avons pas l'évaluation totale de l'année mais à mi-parcours (janvier à juillet), les CSCOM soutenus par Tisser la santé avaient pu effectuer 20394 actes médicaux (donc probablement environ 40000 sur l'année).

Nous espérions une normalisation du fonctionnement de l'ensemble des centres pour 2014, mais malgré l'élection du président Ibrahim Boubacar Keita (dit IBK) et les promesses d'aide internationale, force est de constater que certains personnels ne recevront pas encore leur salaire les premiers mois de 2014. Il y a tout de même une reprise des salaires pour les aides-soignants et les matrones, mais pas pour les médecins et les infirmiers de cette zone. Un certain nombre d'entre eux cherchant un éventuel autre poste à salaire assuré (la décentralisation est responsable d'inégalités selon les ressources des régions), le Dr Youssouf Coulibaly, pour éviter ces départs et à nouveau le risque de fermeture, nous a à nouveau sollicité pour le financement de 4 médecins et 6 infirmiers répartis sur 8 centres.
Tisser la Santé vient de signer une nouvelle convention avec le District Sanitaire de Douentza, s'engageant sur le maintien de ces salaires sur 6 mois, ce qui représente un engagement financier de 10351 €.

Nous vous devons également des nouvelles du petit village de Koyo car Alabouri ne manque jamais de me demander de transmettre les salutations du village à l'ensemble des donateurs de Tisser la Santé.
Même si les évènements qui durent maintenant depuis presque 2 ans ne facilitent pas la vie du village (augmentation du prix du mil d'au moins 40%, insécurité limitant les déplacements, difficultés accrues de trouver du travail dans les villes pour compléter les revenus), "Koyo va bien". Au-delà des paroles d'usages faisant parties des salutations rituelles, Koyo va effectivement assez bien. Un "seul" enfant de moins de 5 ans est décédé cette année (rappelons qu'il y avait 10 à 15 décès par an quand nous avons connu le village). Les enfants malnutris, dépistés par Alabouri, sont efficacement pris en charge sur le CSCOM de Boni par le Dr Souleymane Diarra. L'approvisionnement en médicaments de première nécessité, en particulier en anti-paludéens, a été critique pendant une période mais Bouba Traoré a pu lui même convoyer la quantité nécessaire jusqu'au village. Alabouri, que nous avons formé il y a 8 ans au poste d'agent de santé, va suivre dans quelques jours une "formation continue" de 2 semaines à Douentza, sur proposition du médecin-chef. Il va en fait participer à la formation d'Agents de Santé Communautaires (ASC) qui sont destinés à s'implanter dans des villages comme Koyo, sur le modèle de ce que nous avons initié dans la région il y a presque 10 ans.

Le deuxième tour des élections législatives se tient ce week-end, souhaitons ardemment que le Mali retrouve le chemin de la paix, mais objectivement celui-ci risque d'être encore long tant la situation reste fragile et complexe dans le Nord-Mali.

Pour notre part nous continuerons à faire de notre mieux pour répondre à la demande d'une population courageuse.
Votre aide sera donc la bienvenue !

Merci encore pour ce que vous nous permettez de réaliser
Très belle fin d'année à tous "

Dr Pierre Lamache, pour Tisser la Santé

 

Paris, le 8 juillet 2013,

" Chers Amis,

L'été semble enfin s'installer et nous nous devons de vous donner quelques nouvelles du Mali.

Comme nous vous l'expliquions dans notre lettre précédente du mois de mai, nous avons décidé d'appuyer une dizaine de Centre de Santé Communautaire (CSCOM) du District Sanitaire de Douentza (situé dans la partie Nord du mali occupée pendant de longs mois par les djihadistes). Ce soutien consiste en financement de salaires et d'achat de médicaments essentiels.
Nous avons pour cela signé une convention par l'intermédiaire du Dr Youssouf Coulibaly, Médecin-Chef du District Sanitaire, avec lequel nous travaillons étroitement depuis plusieurs années. Cette convention a été signée pour 6 mois (à partir de janvier 2013) reconductible une fois. Nous avons effectué un premier versement d'environ 21000 euros et nous venons de renouveler notre soutien avec un deuxième versement de 16000 euros (le 1er comprenait l'achat de médicaments pour l'année).

Inutile de vous dire que notre appui (qui a été le premier dans cette zone là) est reçu avec beaucoup de gratitude car il est fort probable que les CSCOM concernés auraient été contraints de fermer. Actuellement l'activité des CSCOM est très forte car nombreux sont les gens qui ne consultaient plus en raison de l'insécurité. Par ailleurs, les familles réfugiées au Burkina commencent à revenir et ont souvent besoin de soins. Cette forte activité, et les aides financières internationales qui arrivent au Mali, devraient permettre aux CSCOM de retrouver leur autonomie vers la fin de l'année.

photo du Dr Youssouf Coulibaly et d'une équipe d'un CSCOM venant prendre livraison de médicaments

docteur_youssouf_coulibaly

medicamentq

Du côté du village de Koyo les nouvelles sont bonnes. Les villageois sont en bonne santé grâce aux bons soins d'Alabouri (agent de santé depuis maintenant 8 ans) et de Belco (qui le seconde comme gestionnaire de la pharmacie). Alabouri que j'ai eu au téléphone il y a 2 jours, m'a dit qu'il y avait maintenant 90 enfants de 0 à 5 ans alors qu'ils étaient 60 lors de mon premier séjour en 2004 (ce chiffre n'augmentait que très peu en raison d'une importante mortalité infantile). Il y avait une grande fierté dans sa voix...

Depuis quelques semaines, une idée fait son chemin là-bas : celle d'acquérir une "moto-ambulance" afin de faciliter l'accès des villages éloignés vers le CSCOM. Cette moto serait la propriété du village et permettrait de générer un nouveau revenu. Alabouri nous a sollicité pour le financement de ce projet. L'idée est bonne et fait même parti des projets que le médecin-chef, Youssouf Coulibaly, voudrait voir se développer dans plusieurs zones du District. Koyo est donc une nouvelle fois en avance et servira de "terrain d'expérimentation". Nous avons accepter de financer le projet, environ 1500 euros, en souhaitant qu'une partie des bénéfices soit affectée à l'achat des médicaments dont le village à besoin, afin d'aller plus loin vers l'autonomie.

Nous avons chargé Bouba Traoré (sur la photo), notre coordinateur sur place, de mettre tout cela au point et voici le véhicule qui sera probablement retenu :

moto_ambulance

A propos de Bouba, infirmier de formation avec lequel nous avons monté nos premières actions en 2004, un petit mot pour vous dire que Tisser la Santé (donc vous !) l'aide à faire une spécialité en ophtalmologie, à Bamako, qui dure 3 ans. Il vient d'être reçu à son passage en 2 ème année et commence à pratiquer des petites interventions.

Un dernier mot sur la situation globale au Mali qui reste très fragile. Des éléctions doivent avoir lieu le 28 juillet, 28 candidats sont en lice... Espérons que le Mali se dotera d'un Président "éclairé" qui saura pacifier son pays, mais la tâche est immense...

Nos amis maliens se joignent à nous pour vous remercier encore de tout ce que vous nous permettez de faire, même à distance...
Bon été à toutes et tous."

Dr Pierre Lamache

Paris, le 1er mai 2013,

" Chers Amis,

Le Mali reste un pays en guerre, qui doit se battre contre un ennemi animé par un fanatisme moyen-âgeux, mais doté des armes les plus modernes, et dont la connaissance du terrain risque de donner lieu à une partie de "cache-cache" meurtrière et interminable. A cela s'ajoute une instabilité politique puisque le gouvernement actuel est toujours un gouvernement de transition installé à la suite du putsh du 22 mars 2012. Des élections sont prévues en juillet prochain mais dans un climat où la sérénité risque fort d'être absente...

Et pourtant, dans les zones libérées en janvier par l'intervention franco-malienne, la vie commence à reprendre son cours presque habituel. Il en est ainsi pour le cercle de Douentza et plus particulièrement la commune de Boni dans laquelle vivent nos amis.Les fonctionnaires reviennent progressivement permettant le redémarrage prudent des administrations, des écoles et des centres de santé (CSCOM).

A Boni, "notre" médecin est sur place, mais la sage-femme n'est pas revenue et l'infirmier a dû être nommé à la tête d'un autre CSCOM en raison d'un manque de personnel. Les aides-soignants et les matrones sont présents et ce sont eux qui ont assurés courageusement la "permanence des soins" pendant toute la durée d'occupation par les djihadistes.

Globalement, la situation des CSCOM dans le Cercle de Douentza n'est pas brillante. La décentralisation au Mali fait que la grande majorité des personnels de santé relèvent des communes et non de l'Etat. Hors, d'une part les communes sont exsangues et d'autre part les CSCOM ont vu une baisse importante de leur fréquentation (en raison de l'insécurité, du déplacement des populations ayant fuit la zone occupée, de l'absence de personnel qualifié) donc de leurs recettes. Les conséquences en sont des salaires impayés depuis plusieurs mois et une pénurie de médicaments essentiels.
Le Cercle de Douentza regroupe 15 communes (environ 250 000 habitants avec une densité moyenne de 11 hab/km²). 19 CSCOM sont répartis sur le territoire. Parmi ceux-ci, une dizaine se sont retrouvés dans une situation critique avec risque de fermeture.

En février, Tisser la Santé a signé une convention de partenariat avec le District Sanitaire de Douentza, par l'intermédiaire de son médecin-chef le Dr Youssouf Coulibaly, pour appuyer la reprise d'activité des 13 CSCOM les plus en difficultés.
Cette appui se fait en salaire (25 personnes dont 3 médecins, 4 infirmiers, 7 aides-soignants, 8 matrones et 3 manoeuvres) et/ou en dotation de médicaments. La convention a été signée pour une durée de 6 mois, éventuellement renouvelable une fois en fonction des évènements. Cette limitation dans le temps montre qu'il n'est pas dans notre rôle de remplacer les collectivités locales, mais il y avait là une question d'urgence. Sur le terrain, nous avons été chaudement remerciés pour notre réactivité (la convention a été finalisée en 15 jours et l'argent reçue 1 semaine après, là où les organismes internationaux mettent plusieurs mois à réagir).
Fin mars, notre coordinateur sur place, Bouba Traoré (dont je vous ai souvent parlé), est parti sur les routes et les pistes pour rendre visite aux 13 CSCOM afin de s'assurer que la convention soit bien appliquée. Seul 1 CSCOM n'avait pas encore reçu sa dotation en médicaments, tous les salaires ont été versés.

Le coût de ce premier appui est d'environ 21000 euros. C'est une partie de l'argent de vos dons pour la construction du nouveau CSCOM de Boni (les fameuses "briques"). Ce CSCOM ne verra pas le jour tant que le Mali ne sera pas plus sécurisé (et aussi tant que le personnel de santé de Boni ne sera pas au complet) ce qui prendra du temps, et il nous a semblé que nous vous devions d'utiliser utilement cet argent plutôt que de le laisser "prospérer" sur un compte !...

Par ailleurs, nous n'oublions pas bien sûr les 500 habitants du petit village de Koyo. Nous venons de leur permettre d'acheter 10 tonnes de mil pour cette "soudure" particulièrement difficile cette année (le prix du mil a atteint des sommets et les hommes ont difficilement pu se déplacer pour aller trouver du travail en ville). Bouba, dans son périple, est monté à Koyo avec Alabouri, ils ont passé une nuit entière à palabrer et il semble que nous soyons souvent revenus dans leurs conversations... Souhaitons pouvoir partager avec eux le beau ciel étoilé de Koyo le plus rapidement possible...

Merci encore pour tout ce que vous leur permettez de faire là bas.

en pièce jointe vous trouverez une carte des CSCOM appuyés par Tisser la Santé "

Très amicalement
Dr Pierre Lamache

carte_cscom_Mali

Carte générale des Cscom (en orange) soutenus par Tisser la Santé 

 

carte_Cscom

Carte détaillée des Cscom (en orange) soutenus par Tisser la Santé


Paris, le 27 janvier 2013,

" Chers Amis,
Juste ce petit mot pour vous dire que Boni a été libérée des rebelles islamiques par les troupes franco-maliennes avant-hier.

Il n'y a pas eu de violence.

J'ai pu avoir le Maire de Boni hier au téléphone ainsi qu'Alabouri de Koyo ce matin. Le réseau téléphonique est rétabli.
Pour l'instant ils ne peuvent pas se déplacer car les routes sont sécurisées par les soldats.

Dans un mail, Youssouf Coulibaly, le médecin-chef de Douentza replié sur Mopti depuis plusieurs mois, nous dit qu'il espère que les activités pourront reprendre vers le 15 février.
Nous allons apporter un appui en salaires pour le personnel des CSCOM qui ne sont plus payés depuis octobre, ainsi qu'une dotation pour des médicaments essentiels.

Tous nos amis de Boni et Koyo me chargent de vous transmettre remerciements et salutations.

Bien amicalement "
Dr Pierre Lamache

 

Paris, le 19 janvier 2013,

" Chers Amis,
Nous savons que nombre d'entre vous sont attentifs aux évènements qui se déroulent au Mali.
Pour ce qui concerne nos amis de Koyo et Boni, nous n'arrivons plus à les joindre depuis dimanche. Il se peut que le réseau ait été endommagé par les bombardements sur Douentza qui est situé à moins de 100 km (ou saboté localement ?).
En tout état de cause la zone de combat s'est déplacée plus vers le Nord et l'Ouest par rapport à Boni.
Lors de notre dernier échange la situation était calme à Boni mais les rebelles du Mujao étaient revenus en force, imposant la Charia telle qu'ils en ont la lecture, si tant est qu'ils aient lu le Coran...

A Koyo, Alabouri, vendredi dernier, m'a confié sont inquiétude sur les problèmes d'alimentation qui risquent de se poser d'ici 2 mois lorsque les greniers seront vides. En effet, ils profitent généralement de cette période où les champs ne réclament plus d'entretien, pour aller vers les villes chercher du travail leur permettant d'acheter du mil pour tenir jusqu'à la prochaine récolte. Mais évidemment plus question de se déplacer vers les villes, à la fois pour des raisons de sécurité mais aussi parce qu'ils risquent ne ne pas trouver de travail compte-tenu de l'état économique du pays.Nous sommes tombés d'accord sur une aide correspondant à 10 tonnes de mil (qu'il faut acheter maintenant si possible car le cours du mil est plus avantageux à cette période) soit environ 3000 euros. Le virement a été effectué mais l'argent arrive à Mopti et il est pour l'instant trop dangereux de se déplacer...

A Boni, Souleymane le médecin est reparti à Bamako juste avant que les combats éclatent. Le CSCOM est donc tenu par 1 aide-soignant et 2 matrones, tout en sachant que le personnel ne perçoit plus de salaire depuis 3 mois. A ce sujet, nous avions fait le point avec Youssouf Coulibaly, le médecin-chef du Cercle de Douentza, quelques jours avant le déclanchement de la guerre. Sur les 18 CSCOM du Cercle, 16 se retrouvent dans une situation difficile par le non-paiement des salaires, dont 7 dans une situation franchement critique. Nous avions donc décidé de soutenir les salaires des personnels de ces Centres de Santé probablement pour l'ensemble de l'année 2013. "Tisser la Santé" peut produire cet effort grâce à vos dons. En effet la construction du nouveau Centre de Santé de Boni semble compromise pour un bon bout de temps et il nous semble logique d'utiliser cet argent pour les besoins les plus urgents.

Dès que les choses seront possibles (transfert de l'argent en toute sécurité), nous mettrons ce soutien en place.
Nous ne manquerons pas de vous donner des nouvelles dès que nous le pourrons.
Un grand merci pour l'attention que vous portez à nos amis maliens.

Très amicalement "
Dr Pierre Lamache

 

Paris, le 27 décembre 2012,

" Chers Amis,
2012 restera cetainement comme l'une des années les plus noires de l'histoire du Mali, et tout prête à penser qu'il va falloir du temps, beaucoup de temps, pour que la situation s'apaise et que le Mali retrouve son unité.
A Bamako, la démocratie reste malmenée puisque récemment le premier ministre du "gouvernement de transition" a été limogé par...l'armée.
Cependant, du côté des rebelles qui occupent le Nord, les différentes factions se désunissent également voire se bagarrent entre elles. Du coup, le MNLA (autonomistes Touareg) et Ansar Dine (islamistes radicaux Touareg) ont revu leurs prétentions à la baisse et le dialogue se poursuit avec le gouvernement malien et avec la CEDEAO (Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest). Par contre, évidemment, les groupes liés à AQMI (Al Quaïda au Maghreb Islamique), dont le MUJAO, restent les plus dangereux, les plus intransigeants et les plus déterminés car les mieux armés. Ce sont eux qui imposent la Charia, version moyenâgeuse, à Gao et Tombouctou.

Heureusement à Boni, l'atmosphère semble plus calme et détendue qu'il y a quelques mois. Les "troupes" du MUJAO sont parties (regroupant vraisemblablement leurs forces dans les grandes villes) laissant sur place 2 éléments qui laissent la population vaquer à ses occupations sans les tyraniser.
J'ai pu joindre aujourd'hui par téléphone, Souleymane Diarra, le médecin de Boni (que nous avons aidé à installer en 2009). Il me dit que les jeunes garçons recommencent à "plaisanter" avec les jeunes filles dans les rues, que les cigarettes circulent et que nombre de femmes ont vite abandonné le voile.
Certaines familles Touareg qui avaient émigrées au Burkina commencent à revenir dans leurs maisons de Boni.
Les patients recommencent à venir se faire soigner au CSCOM (Centre de Santé Communautaire) et les campagnes de vaccinations reprennent avec l'appui de l'Unicef.
Voici le mail de Youssouf Coulibaly, médecin-chef du Cercle, reçu cette semaine :

"Bonjour Pierre
Tout va bien à Douentza et Boni. Nous continuons à coordonner les activités à distance
mais les principaux acteurs sont toujours sur le terrain y compris Dr Diarra à Boni. Nous envoyons les vaccins et autres intrants à partir de Mopti. Quant aux médicaments, ils sont achetés aussi à Mopti. Nous continuons à organiser les campagnes de vaccination et même à faire la vaccination de routine dans certains village sur financement de l'UNICEF. J organise d'ailleurs demain une réunion à Mopti avec Tous les infirmiers chefs de CSCOM, les maires et les présidents des comités de gestion pour voir comment améliorer davantage le sort de nos populations. Pour le moment même avec le MUJAO, les services de santé ont carte blanche pour mener leurs activités mais étant donné qu'il n'y a pas encore d'administration à Douentza, je me mefie d'y aller.
Merci d'avoir pensé à nous en ces moments difficiles.
Bien de chose à toute la famille et aux collegues de l'association."

Ces nouvelles sont rassurantes localement, mais comme me le disait ce soir Souleymane, "le plus difficile c'est l'incertitude, de ne pas savoir ce qui peut se passer demain". Et puis, si la société civile trouve les moyens de s'organiser, il y a des difficultés qui surgissent du fait de l'absence complète d'administration. Ainsi à Boni, où tous les fonctionnaires sont partis, le personnel du CSCOM n'a pas été payé depuis presque 3 mois.
Cette situation risquant de perdurer, nous allons probablement trouver les moyens de soutenir les salaires du personnel du CSCOM (nous devons recevoir le détail des différents salaires). Votre aide sera donc la bienvenue !
A Koyo, je n'ai pas reussi à joindre récemment Alabouri mais les dernières nouvelles étaient également rassurantes. Les récoltes se sont terminées il y a 1 mois et sont bien meilleurs que l'année dernière. Elles mettent le village à l'abri au moins pour 4 ou 5 mois... La santé des habitants est bonne, il y a eu un enfant décédé cette année, ce qui est toujours trop mais loin des 10 à 15 qui mourraient chaque année avant que nous mettions en place la structure de soins primaires au niveau du village en 2004.
Merci encore à tous pour vos soutiens fidèles et généreux.
Il reste plus que jamais important pour nos amis du Mali, de savoir qu'ici nous pensons à eux.
Très bonnes fêtes de fin d'année de la part de l'équipe de Tisser la Santé !
Très amicalement "

Dr Pierre Lamache

 

Paris, le 21 septembre 2012,

"Chers Amis,

Il est temps que nous vous fassions parvenir quelques nouvelles du Mali, ce d'autant que l'information diffusée hier sur "le 20h" de France 2 était très inquiétante. On ne peut effectivement qu'être profondement heurté par les images diffusées montrant l'application de la Charia, version moyen-âgeuse, dans les villes de Tombouctou, Gao, Kidal et bientôt Douentza.
Douentza est la dernière ville à être tombée sous la coupe des rebelles islamistes intégristes du Mujao (Mouvement pour l'Unicité et le Jihad en Afrique de l'Ouest) tout début septembre.

Il faut rappeler que cela fait maintenant 6 mois que les rebelles ont envahi la partie nord du Mali (soit 2/3 du territoire). Ils s'agissait au début d'un mouvement initié par les autonomistes Touareg du MNLA, alliés pour la circonstance aux islamistes intégristes du mouvement Ançar Eddine (essentiellement d'origine Touareg) et du Mujao (surtout composé de rebelles d'origine Arabe mais aussi de quelques Touareg et Songhaï, ainsi que d'éléments de la secte nigériane Boko Haram dont on connaît la violence). Ces 2 mouvements intégristes ont des liens avec AQMI (Al Quaïda au Magreb Islamique). Supérieurement armés et poursuivant un autre but que le MNLA (imposer la Charia à tout le Mali et non revendiquer un territoire autonome), Ançar Eddine et le Mujao ont éjecté les autonomistes Touareg en juillet dernier, les estimant sans doute trop laïques.

Désormais, à Tombouctou, Gao, Kidal, les femmes doivent porter le voile, cigarettes et alcool sont interdits, les couples non mariés ne peuvent s'afficher publiquement, les voleurs sont châtiés par cette méthode ignoble qui consiste à couper mains et pieds, des lieux saints séculaires sont détruits. A Douentza, ces gentlemen du Mujao ont généreusement donné 3 mois à la population pour se mettre au pas des règles de la Charia...

A Bamako, le gouvernement malien a peiné pour retrouver une certaine légitimité. Cependant, à la suite de la prise de Douentza (et peut-être des déclarations du Mujao claironant qu'ils pouvaient être à Bamako en 2 jours), le Président Dioncounda Traoré vient officiellement de faire appel à la CEDEAO et au Conseil de sécurité des Nations Unies pour aider le Mali à recouvrer son intégrité. La guerre civile s'annonce donc avec ses conséquences désastreuses inévitables...

Voilà un aperçu de la situation générale, mais comme souvent, localement et quotidiennement, les choses se vivent différemment.

Douentza est la ville la plus proche de la commune de Boni (100km). C'est l'équivalent de la préfecture, et c'est dans cette ville que se trouve le Centre de Santé de Référence (CSREF) dont dépend le Centre de Santé Communautaire (CSCOM) de Boni. le Dr Youssouf Coulibaly est le médecin-chef du CSREF et c'est en partenariat avec lui que nous avons pu faire installer le Dr Souleymane Diarra à Boni. (C'est également lui qui a officialisé la formation d'agent de santé d'Alabouri du village de Koyo).
Aujourd'hui même, nous avons reçu un mail du Dr Coulibaly. Voici ce qu'il écrit :
"Merci pour les encouragementts. Tout va bien ici d'ailleurs j'étais à Douentza depuis mardi et je viens de rentrer à Sevaré, c'est pourquoi j'ai tardé dans la réponse. Nous essayons de faire bouger les choses de notre façon sur le plan santé car ces occupants ont donné la garantie de ne pas nuire aux activtés des agents de santé mais il y a toujours un peu d'insécurité due aux bandits. Je vous informe que le Dr Diarra est l'un des premiers agents à être retourné à son poste à Boni. Il y est jusqu'à present et travaille bien. Sur les 18 centres, 10 sont en train de fonctionner. Il y a seulement des insuffisances dans le fonctionnement comme d'habitude par manque de carburant. Nous aussi au niveau de Douentza avons des difficultés pour la coordination et le suivi des activités à distance. Ce qui fait qu'on ne maitrise pas les activités menées sur le terrain. Dans tous les cas il y a une amélioration. La circulation est normale de même que les transports en commun entre Bamako et Gao
Merci pour votre soutien et je reste disponible pour d'autres informations"

A Boni, nous avons effectivement eu des nouvelles directement par le Dr Souleymane Diarra. Il nous a rassuré sur le calme qui règne dans la commune, le déroulement normal des "activités" et un stock suffisant de médicaments. Il a même pu se rendre quelques jours à Mopti (300km) pour une formation sur la malnutrition. Il y a quelque chose d'encourageant à constater que la société civile, même quand les instances gouvernementales ne sont plus dans la course, continue à s'organiser.

A Koyo, les nouvelles sont bonnes également. Début juillet nous vous écrivions que le village ne disposait plus d'anti-paludéens alors que la "saison" du paludisme commençait (à cette époque le CSCOM de Boni était quasiment fermé).
Et bien notre réseau à fonctionné ! C'est Bouba Traoré, dont nous avons déjà parlé et avec lequel nous avons débuté le projet à Boni et Koyo, maintenant chef de poste dans une ville située à plus de 700km, qui a fait le chemin jusqu'à Koyo pour apporter une quantité importante et suffisante d'antipaludéens que nous avons financée à distance. Bouba a passé la nuit sur la falaise sous les étoiles de Koyo, à palabrer sans fin avec son vieil ami Alabouri...

Alabouri, je l'ai eu ce soir au téléphone. Cela faisait presque 3 semaines que nous n'avions pas pu nous joindre. Il a été immobilisé par un sérieux mal de dos (et pour qu'un Dogon ne marche pas...), paracetamol, diclofénac rien n'y a fait. Finalement il a eu recours à un "médicament dogon", dont je n'ai pas vraiment saisi la composition, qui l'a remis sur pied ! Au téléphone, c'était comme si "j'entendais" ses yeux malicieux me dire "nous aussi les Dogon, on sait des choses..." Quel bonheur d'entendre cela, car pour "Tisser la Santé" c'est justement cela le tissage : acquérir de nouveaux outils sans se défaire des plus anciens.

Donc, Alabouri va mieux ! Le village va bien dans son ensemble, Ils ont terminé, depuis quelques semaines, les réserves de mil que nous avions financé mais ils ont récolté un peu de "jeune mil" (pas encore arrivé à maturité complète) pour faire la "soudure". Et puis les jardins fournissent du maïs, des gombos, des comcombres, des aubergines, du piment, de l'oseille et des feuilles de baobab (pour la sauce !). Ils sont donc sortis de la période à risque de malnutrition sévère. Les récoltent vont commencer le mois prochain.
Il reste à espérer que la guerre ne se déclanche pas avant les récoltes, et que les criquets-pélerins, annoncés plus au nord du fait de l'absence de lutte anti-acridienne en Lybie et qui migrent actuellement en nuages vers le Mali et la Mauritanie, n'arrivent pas trop vite...

Merci pour votre patience et vos soutiens nombreux, et comme à l'accoutumé recevez, de la part d'Alabouri, les salutations de tout le village de Koyo.

Très amicalement"
Dr Pierre Lamache

 

Paris, le 6 juillet 2012,

"Chers Amis,

Les nouvelles du Mali, comme vous le savez sans doute, ne sont pas très bonnes. Voilà déjà plus de 3 mois et demi que le Nord du pays est occupé par les rebelles Touareg autonomistes et des groupements armés islamistes radicaux. S'ils se sont alliés momentanément pour conquérir ce territoire, leurs divergences de vues les amènent maintenant à se confronter, et à ce "jeu" là les islamistes (Ansar Eddine, AQMI et Mujao) ont pris le dessus sur les autonomistes (MNLA), les chassant de Gao et de Tombouctou.

Dans ces villes, la charia s'impose de plus en plus, terrorisant les habitants et détruisant les mausolées séculaires (malheureusement nos medias semblent plus s'émouvoir lorsque que l'on s'attaque aux monuments plutôt qu'aux hommes...).
Les rebelles s'installent donc, se mêlant aux habitants et truffant les environs des villes de mines, se préparant ainsi à un conflit armé.

A Bamako, le gouvernement de transition peine à trouver ses marques, mais déclarer une guerre civile n'est jamais une décision simple à prendre, surtout lorsque ses propres forces armées sont bien insuffisantes. En attendant, les populations du Nord ont le sentiment légitime d'être abandonnées.

Cependant, courageusement, des jeunes tentent de s'organiser pour résister, au péril de leur vie. Ils sont réunis dans le mouvement de désobéissance civile "Nous pas bouger" (mouvement créé déjà en 1991 lors d'une précédente rébélion). Un collectif malien, "Cri de Coeur", s'est également créé pour tenter d'apporter une aide humanitaire sur Gao et Tombouctou. Une pétition circule et est accessible depuis le site www.cridecoeur.org, n'hésitez pas à la consulter.

Et à Koyo et Boni ?
Toutes les semaines Alabouri ou Hamidou ou Belco nous donnent des nouvelles. Ces dernières semaines ont été vécues dans la peur du lendemain. Peur d'exactions des rebelles, peur d'une guerre avec toutes ses conséquences. Aujourd'hui les voix d'Alabouri et Belco étaient plus apaisées. En effet, les rebelles sont partis pour apporter des renforts en raison des affrontements qui se déroulaient plus au Nord, en particulier à Gao. Vont-ils définitivement abandonner ce terrain pour se regrouper ? Nul ne le sait, mais voilà au moins un répit pour les habitants.

Autre "bonne nouvelle", les pluies sont arrivées et le mil commence à sortir ! A Boni, la grande mare où se baignent ensemble enfants et animaux (...) est pleine. A Koyo également le barrage est plein, Teiga la source du village, coule abondamment et même Bonsiri, fabuleuse cascade, a répandu son eau tumultueuse jusque dans la vallée de Boni pendant quelques heures.
Mais qui dit pluie, dit moustique ! Le paludisme, 1ère cause de mortalité, ne va donc pas tarder à arriver...
Alabouri et Belco, bien rôdés maintenant, sont déjà passés dans chaque maison pour s'assurer que les moustiquaires étaient en état (et utilisées..).Ils disposent encore d'un petit stock de moustiquaires neuves. Par contre il n'y a plus d'antipaludéens car le circuit d'approvisionnement que nous avions mis au point avec le médecin de Boni et de Douentza ne fonctionne plus. Nous sommes en train de réfléchir à un autre circuit, mais cette année les antipaludéens théoriquement gratuits pour les enfants, vont sans doute devoir se payer... (700 FCFA, soit 1,10 euros, le traitement d'un accès palustre). Belco qui gère le dépôt pharmaceutique de Koyo va nous faire un point précis des besoins pour la semaine prochaine. Il faudra sans doute leur apporter une aide financière car la "caisse de santé" est vide, tout ayant servi à acheter du mil (dont le prix est toujours au sommet).

A Boni, Souleymane le médecin du centre de santé, reparti à Bamako dans sa famille depuis le début de la rébellion, va revenir pour quelques jours à la fin de cette semaine. A Douentza, Youssouf Coulibaly, le médecin-chef, m'a informé qu'un comité de crise a été mis en place pour soutenir le plus possible les centres de santé.
Comme vous pouvez le constater, les liens que nous avons "tissés" depuis 2004 demeurent solides !

Encore une fois, par l'intermédiaire d'Alabouri, je vous adresse toutes les salutations des habitants de Koyo.

Très amicalement "

Dr Pierre Lamache

 

Paris, le 24 mai 2012,

" Chers Amis,

Ah quel plaisir d'entendre la bonne joie dans la voix d'Alabouri ce soir au téléphone !
Cette joie n'est pas liée à l'évolution de la situation politique puisque de ce côté les choses ne font qu'empirer : à Bamako on se déchire pour le pouvoir, au Nord les rebelles Touareg et les Islamistes radicaux s'installent..
Non cette joie c'est celle d'un homme qui se sent responsable de la destinée de son village et qui a pu lui apporter 5,7 tonnes de mil il y a quelques jours, de quoi nourrir les habitants de Koyo pendant presque 3 mois.

Vous vous rappelez peut-être que jusqu'ici, les tentatives d'Alabouri et Hamidou pour retirer l'argent que nous avions viré sur le compte du village, s'étaient soldées par un échec. Mardi de la semaine dernière, nouvelle tentative d'Hamidou reparti à 300 km pour se présenter à la banque de Mopti. La cohue était t-elle ce jour là qu'il n'a pu pénétrer dans la banque. Ne se décourageant pas il dormit devant les portes et le lendemain matin il réussissait à retirer l'argent ! Restait à déjouer les nombreux voleurs qui s'en prenaient en particulier aux femmes, n'hésitant pas à arracher les sacs en pleine rue... Finalement le robuste Hamidou est arrivé sain et sauf à Boni avec les 2 millions de FCFA !

Alabouri a organisé l'achat du mil et hier, lors d'une grande réunion à Bonodama (grande esplanade rocheuse à proximité du village où nous donnions des consultations) chaque habitant de plus de 2 ans (c'est à dire capable de manger le tô, ce gâteau de mil base de l'alimentation), soit 411 personnes, se sont vu remettre 14 kgs de mil. Alabouri me dit, qu'en faisant 2 repas par jour, il peuvent tenir 3 mois. Je pense qu'ils font une moyenne avec les enfants et diminuent les rations car habituellement pour un adulte, il faut le double pour tenir 3 mois. Ils doivent également compter sur l'argent qu'ils peuvent gagner par leur travail dans la vallée. Et puis si la pluie arrive fin juin ils peuvent espérer avoir du maïs et des gombos vers la fin juillet et ainsi tenir jusqu'en octobre, moment des prochaines récoltes.

Alabouri a insisté plusieurs fois, au cours de notre longue conversation, pour que je transmette bien à tous ceux qui les aide (à vous donc), les profonds remerciements de "tout le village".

Très amicalement "
Dr Pierre Lamache

 

Paris, le 14 mai 2012,

" Chers amis,

Nous continuons à être régulièrement en contact avec nos amis de Koyo, en particulier Alabouri et Hamidou. Nous avons également pu avoir aujourd'hui le Maire de Boni, Hamadoun Dicko, au téléphone.
Tous nous confirment que la situation reste calme à Boni et dans les environs. Les hommes et les marchandises circulent quasiment normalement et, bonne nouvelle, le prix du mil commence à amorcer une petite baisse puis qu'on peut trouver le sac de 100kg autour de 28000 FCFA au lieu de 30000 (rappelons que le prix habituel à cette période est autour de 15000).

Cependant la situation politique n'est absoluement pas réglée. Le gouvernement, à Bamako, peine à trouver ses marques et doit déjà faire face aux contestations sur sa légitimité. Contestation qui est allée il y a 15 jours jusqu'à une tentative de "contre-push" à l'initiative de parachutistes (les "bérets rouges") restés fidèles à l'ancien Président. Cette tentative a avorté non sans faire plusieurs dizaines de morts, rajoutant de l'insécurité et de la confusion à la situation actuelle. Nul doute qu'en attendant, les rebelles du Nord (MNLA, Ansar Eddine, AQMI et autres groupes islamistes) se frottent les mains et en profitent pour renforcer leurs positions. Dans des villes comme Tombouctou, Gao, Kidal, selon les témoignages recueillis (y compris par Human Rights Watch), le radicalisme islamique s'installe brutalement.

A Boni, rien de tel, mais les rebelles et en particulier Ansar Eddine, commencent à organiser des réunions avec les habitants, nommant des personnes pour "garder" le centre de santé ou l'école, et disent s'opposer à tout brigandage (qui seraient plutôt le fait de membres du MNLA, les autonomistes Touareg, ou se réclamant comme tels.) Essaient-ils de gagner les habitants à leur cause dans une zone qui servira sûrement de "tampon" en cas de conflit armé ? Pas impossible, ceux-ci demandant avant tout suffisament de tranquilité pour travailler leurs champs et trouver de la nourriture.

A ce propos et selon Alabouri, qui donne un coup de main au centre de santé quand il descend de Koyo, les cas de malnutrition sont de plus en plus nombreux à Boni et dans les 32 villages avoisinants. Seul le village de Koyo ne se débrouille pas trop mal, à la fois grâce à Alabouri qui surveille de près l'état de santé des enfants, et de l'appui que nous pouvons leur apporter.
Alors qu'ils avaient réduit leur alimentation à un repas par jour, ils peuvent à nouveau en faire deux (situation très habituelle). Pour ne pas consommer trop de mil, ils le mélangent aux feuilles séchées, probablement riches en protéines, d'un arbre qu'ils nomment "l'arbre du chef" (c'est un très bel arbre qui jouxte le quartier du chef de village).
La banque de Douentza étant toujours fermée, Hamidou est allé mercredi dernier à Mopti (300km) car, d'après nos renseignements, il devrait pouvoir retirer l'argent que nous avons envoyé pour le village, dans cette agence. Manque de chance la banque est fermée jusqu'à mardi prochain. Il est donc revenu car les travaux des champs ont repris et l'on a besoin de tous les bras à Koyo. Il va refaire le voyage mardi prochain...

Merci encore pour vos nombreux soutiens et messages de solidarité.

Très amicalement "
Dr Pierre Lamache

 

Paris, le 26 avril 2012,


"Chers amis,

Alors que le processus "démocratique" reprend à Bamako, avec cette semaine la nomination d'un nouveau premier ministre et d'un gouvernement, le Nord du pays est toujours occupé par les rebelles Touareg du MNLA (autonomistes), les islamistes radicaux d'Ançar Eddine (qui veulent imposer la Charia), et des groupes armés affiliés à AQMI (Al Quaida au Maghreb Islamique). Les prochains jours vont être déterminants pour savoir si l'on s'achemine vers une solution négociée ou une guerre déclarée...

A Boni, les troupes rebelles passent régulièrement pour rappeler à la population qu'ils sont bien présents. Le Centre de Santé et l'école sont toujours épargnés, ce qui ne serait pas le cas dans d'autres localités selon un responsable de la Mairie de Boni. Seule la gendarmerie de Boni, désertée depuis le début, a été vandalisée pour y prendre 3 armes vétustes et une moto. Nous avons eu des nouvelles de Souleymane, le médecin du Centre de Santé, il est toujours dans sa famille à Bamako et nous a assuré vouloir retourner à Boni lorsque la situation sera "stabilisée"...
Le marché du jeudi n'a pas repris son activité habituelle. La semaine dernière, des marchands de Mondoro (60 km au sud de Boni) sont venus vendre du mil avec des charettes tirées par des ânes, mais ils ont été détroussés du produit de leurs ventes par des rebelles. Ces marchands, qui vendent un mil un peu moins cher car il y a peu de frais de transport, ne sont évidemment pas revenus aujourd'hui...

Ce soir, au téléphone, Alabouri du village de Koyo, comme à l'accoutumée, a une voix rassurante pour me dire que "le village va bien". Mais au fil de la conversation je comprends à quel point il est préoccupé par les difficultés d'approvisionnement alimentaire. La spéculation sur le prix du mil atteint des sommets puisque en comparaison avec avril 2011 le prix a doublé. Le sac de 100 kgs qui était à 15000 FCFA en 2011 est aujourd'hui vendu à Boni 35000 FCFA. Alabouri a pu le trouver à 30000 en se déplaçant de 40 km...
Le Mali est dans sa période la plus chaude de l'année, rien ne pousse dans la zone sahélienne du Nord, et les cultures maraîchères qui pourraient apporter un complément alimentaire, ne donneront pas de légumes avant au moins 2 mois.
Résultat, les adultes du village (450 habitants avec les enfants) ne font qu'un seul repas par jour depuis déjà plusieurs semaines, la fatigue commence à s'installer. Alabouri, qui est l'agent de santé du village, m'assure que pour le moment les enfants ne souffrent pas de malnutrition.
Jusqu'ici le système bancaire était bloqué, impossible de faire parvenir de l'argent sur le compte du village situé à Douentza (100 km). Cependant mercredi la tentative de virement semble avoir réussie. Evidemment cela ne signifie pas encore qu'ils pourront retirer l'argent...Grâce à vos dons, nous avons envoyé 3000 euros soit environ 2 millions de FCFA. Cela correspond à 6,5 tonnes de mil. Le village a estimé qu'il pourrait tenir cette période de "soudure" avec environ 10 tonnes.

Ce soir Alabouri était réconforté par cette nouvelle, il m'a demandé, au nom du village, de transmettre ses salutations à tous ceux qui pensent à eux. Voilà chose faite !"

Très amicalement
Dr Pierre Lamache

 

Paris, le 13 avril 2012,

"Chers amis,
Il y a quelques jours nous avons pu parler au téléphone avec Hamadoun Dicko, le Maire de Boni.
Il nous a raconté les deux nuits d'angoisses émaillées de tirs d'intimidation des troupes rebelles passant par Boni, mais sans aucun blessé et sans pillage.
Il est possible que Boni ait été épargnée car elle a toujours été une terre d'accueil pour les familles Touareg désirant s'y sédentariser. Boni est d'ailleurs réputé jusqu'en Mauritanie et au Niger pour son marché aux bestiaux et l'on vient de loin pour y acheter des chameaux.

Aujourd'hui jeudi, jour de ce fameux marché hebdomadaire, nous avons pu joindre Alabouri de Koyo.
Le calme est revenu et, bonne nouvelle, un marché réduit a pu se tenir, quelques marchands ayant fait le déplacement avec des charettes. Habituellement ce sont des camions qui arrivent par la piste, chargés de mil, de riz, autres denrées et animaux.
C'est tout de même bon signe et l'on peut espérer que la circulation des hommes et des marchandises reprennent suffisament pour assurer le ravitaillement des 26000 habitants de la commune. Evidemment cela reste fragile, en particulier si les forces armées entrent en "guerre totale" avec les rebelles comme la laissé entendre aujourd'hui le Président par intérim Dioncounda Traoré.

Par ailleurs, le système bancaire de Douentza est toujours bloqué et les fonctionnaires affectés à Boni n'ont pas fait leur réapparition. Souleymane Diarra, le médecin du centre de santé est toujours à Bamako dans sa famille. Les possibilités de soins sont donc réduites.
Hamadoun Dicko nous a dit être touché par le soutien moral que nous leurs manifestons.
Vous pouvez retrouver toutes ces nouvelles sur la page d'accueil de notre site www.tisserlasanté.fr

Nous profitons aussi de ce mot pour vous informer que Foued Berahou, courageux marathonien de 58 ans, participe actuellement au 27 ème Marathon des Sables qui se déroule dans le désert marocain (1 marathon par jour pendant 1 semaine dans de rudes conditions !). Il s'agit de son 5ème Marathon des Sables et il a décidé cette année de le courir "pour" Tisser la Santé. Vous pouvez suivre sa course sur le site du Marathon des Sables www.darbaroud.com

Merci encore pour vos nombreux soutiens !"
Dr Pierre Lamache

 

Paris, le 06 avril 2012,

"Tout d'abord merci pour les nombreux messages de solidarité que vous nous avons reçu et que nous allons essayer de retransmettre là bas.
Aujourd'hui nous avons pu joindre au téléphone Alabouri et Hamidou.
Alabouri est l'agent de santé de Koyo que nous avons formé et qui fait un travail remarquable depuis des années, c'est aussi l'un des conseillers les plus écoutés du village.
Hamidou, également du village de Koyo, est notre "logisticien" lorsque nous sommes sur place, infatigable il semble fait de la même matière que la roche solide de la falaise.

"le village va bien" ont été leurs premières paroles !
Il est vrai que la falaise constitue la meilleur forteresse naturelle que l'on puisse imaginer et ils sont donc parfaitement à l'abri dans le village qui est invisible de la vallée.
A Boni, le calme est revenu car les rebelles n'ont fait que passer, non sans laisser planer la menace d'un éventuel retour...
Alabouri, qui est descendu à Boni prudemment dans l'après-midi, a confirmé qu'il n'y a eu aucun blessé.
Par contre les gens sont terrorisés. Le poste de gendarmerie est déserté. Le Sous-Prefet qui vit à Boni est également parti, de même que les professeurs de l'école. Le Maire par contre est toujours en place (nous n'avons pas encore pu le joindre).

Alabouri a rejoint Kader, un autre aide-soignant et Mariama,une matrone, au Centre de santé pour apporter des soins à quelques personnes.
Bien évidemment, le marché hebdomadaire, qui a lieu le jeudi, ne s'est pas tenu.
Ce marché est la source essentielle de ravitaillement pour les 32 villages de la commune.
Il ne faut donc pas que cette situation se prolonge trop longtemps...
Enfin, les banques de Douentza, où Boni et Koyo ont leurs comptes, sont fermées et il est impossible d'effectuer des virements pour l'instant.
Merci encore de prendre le temps de nous lire, vous transmettre ces nouvelles adoucit un peu ce sentiment d'impuissance que vous êtes nombreux à partager."

Bien amicalement
Drs Pierre Lamache et Philippe Otmesguine

 

Paris, Le 05 avril 2012,

"Chers Amis,

Vous êtes nombreux à vous inquiéter du sort des habitants de Boni et Koyo.
Les nouvelles ne sont vraiment pas bonnes.
Dans la nuit du 3 au 4 avril, les rebelles Touareg ont pénétré dans Boni en tirant des coups de feu en l'air, terrorisant la population.Beaucoup de gens ont commencé à s'enfuir, en particulier les fonctionnaires.
Par ailleurs, les familles Touareg, parfaitement pacifiques, et sédentarisées depuis des décennies dans la commune sont parties se réfugier au Burkina Faso depuis déjà 3 semaines. Cela représente environ 200 familles, hors les Touareg tenaient la plupart des commerces de Boni.
La commune est donc paralysée et totalement désorganisée. Souleymane Diarra, le médecin du centre de santé, avait rejoint sa famille à Bamako depuis quelques jours. Nous pensons que le Centre de Santé n'a plus les moyens de fonctionner pour l'instant.

A Douentza, qui est la ville la plus plus importante à 90km plus à l'Ouest, les rebelles sont également arrivés. Le Médecin-Chef du Centre de référence nous dit que là aussi tout est désorganisé et paralysé.
Pour l'instant nous n'arrivons pas à avoir de nouvelles des habitants de Koyo, qui eux sont protégés par leur falaise.
Il est à redouter que la crise alimentaire, présente depuis quelques mois, ne s'intensifie mettant gravement en danger la santé des habitants et en particulier des enfants les plus fragiles.
Il est important de garder le contact avec nos amis maliens qui sont très touchés que nous prenions de leur nouvelles.
Nous vous tiendrons au courant dès que nous disposerons d'autres informations."

Bien amicalement
Dr Pierre Lamache

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