PROJET EN COURS

INFLECHIR LA MORTALITE MATERNELLE

 
 
 

La mortalité maternelle en Afrique de l’Ouest, et plus particulièrement dans les zones rurales isolées, est environ 100 fois plus élevée qu’en France.

En 2016, Tisser la Santé s’est donné pour objectif d’infléchir la mortalité maternelle de la commune de Boni par la sensibilisation puis la construction d’une « Maison des Mamans ».

A notre connaissance il s’agit de la première expérience de ce type au Mali et nécessite donc un suivi particulier avec une évaluation.

Diminuer la mortalité maternelle fait parti des 5 Objectifs du Millénaire pour le Développement définis par les Nations Unies.

Une maison des Mamans, qu’est-ce que c’est ?

Une « maison des mamans » est un lieu de vie accueillant les femmes enceintes en fin de grossesse, construit à proximité d’une structure de soins. Ce lieu s’adresse aux femmes vivant dans des villages d’accès difficile pour des raisons de distance ou de terrain particulièrement accidenté.

La finalité d’une « maison des mamans » est de participer à la réduction de la mortalité maternelle en agissant à plusieurs niveaux :

- en permettant aux femmes enceintes qui le désirent d’accoucher dans une structure médicalisée de type CSCOM sans le facteur de risque d’éloignement géographique,

- en facilitant le dépistage des complications de fin de grossesse par un suivi approprié,

- en facilitant une prise de décision et une évacuation sur un centre spécialisé (CSRef ou Hôpital Régional) en cas de survenue d’une complication ne pouvant pas être prise en charge au niveau du CSCOM,

- mais aussi en permettant aux femmes enceintes de se reposer avant l’accouchement et si nécessaire après celui-ci, de venir plus facilement aux consultations prénatales dès le 3ème-4ème mois de grossesse (sans faire un aller-retour jusqu’au village en cas de fatigue), et pour toute femme de trouver sur place une possibilité d’information et de sensibilisation sur la grossesse, l’accouchement et les facteurs de risque de mortalité maternelles.

Une « maison des mamans » n’est ni un lieu d’accouchement ni un lieu de soins.

Il est important que cela soit respecté afin d’éviter tout conflit avec les structures médicalisées et en particulier avec les matrones du CSCOM.

La « maison des mamans » ne doit donc pas devenir un lieu où s’exerceraient des rivalités. Bien au contraire il doit créer du lien en devenant un trait d’union entre les femmes et les structures médicalisées, un chaînon supplémentaire dans la chaîne d’accompagnement des femmes enceintes.

La mise en place

Même si le projet de construction d’une « maison des mamans » repose sur une analyse solide des causes de mortalité maternelle et sur des expériences similaires dans d’autres pays, il nous est apparu nécessaire de travailler le projet en amont avec la population.

Nous avons procédé à une enquête socio-anthropologique en 2016 qui a révélé la prédominance des obstacles financiers sur les obstacles culturels, et d’autre part la mise en garde des possibilités de conflits avec les structures de soins.

En 2016 toujours, a été mise en place une phase d’information-sensibilisation qui a permis d’aborder les thèmes des facteurs de risques de mortalité maternelle qui sont : les freins financiers au suivi des grossesses et à l’accouchement au CSCOM, l’âge précoce (allant de pair avec les mariages précoces) ou tardif de la grossesse, les mutilations génitales féminines, le faible taux de scolarisation.

Cette phase a également permis la constitution d’un comité de gestion de la « maison des mamans ».

En 2018, une réunion d’information des responsables de tous les villages de la commune s’est déroulée pendant 2 jours en avril 2018, avant l’ouverture de la « maison des mamans » en présence des autorités administratives, dont Mme la Maire, et sanitaires de la commune.

Le coût du projet (études de faisabilité, construction, achat du terrain, équipement et formation) s’est élevé à 65 911€ (43 171 705 FCFA).

Le coût de fonctionnement annuel (salaires, nourriture et petit matériel) est est estimé à 7 237€ (4 740 000 FCFA).

Le budget, tant de la construction-équipement que du fonctionnement (salaire des gérantes, approvisionnement du grenier), a été supporté entièrement par Tisser la Santé, mais il est nécessaire de trouver d’autres mécanismes de financement voire d’auto-financement pour la pérennité du projet.

Un protocole a été signé avec la Mairie de Boni l’engageant dans la gestion de la Maison des Mamans (Tisser la Santé assure intégralement le fonctionnement de la première année puis se désengagera progressivement sur les 4 années suivantes. )

Il faut préciser que Tisser la Santé ne bénéficie d’aucune subvention institutionnelle, ses actions ne reposent que sur des dons privés provenant essentiellement des patients soignés par les médecins français qui animent l’association.

 

quelques chiffres du mois de maRS 2019

31 femmes enceintes ont été accueillies et 56 accompagnantes.

Sur les 32 villages de la Commune de Haïré (dont le chef-lieu est Boni), 39% des femmes viennent de Koyo, 25% de Tabi et 36% de 8 autres villages voisins.

19 femmes sont venus pour accoucher au CSCOM et 12 pour une consultation pré-natale.

Sur 18 accouchements (dont 2 compliqués), il n’y a eu aucun décès.

L’âge moyen des femmes accueillies est de 25,4 ans (mini : 17 ans - maxi : 42 ans).

Le nombre moyen de grossesses par femme est de 3,8 dont 2,5 enfants vivants.

Dans les facteurs de risques, nous avons relevé que :

22% des femmes sont excisées.

16% ont eu recours à une chirurgie ou une césarienne.

69% mesurent moins d’1,50m mais comme il y a eu peu de dystocies, la taille est-elle un facteur de risque pertinent ?

Carte de la Commune de Haïré (Chef-lieu : Boni)

Carte de la Commune de Haïré (Chef-lieu : Boni)