Entre guerre et paix
Alors que le processus "démocratique" reprend à Bamako, avec cette semaine la nomination d'un nouveau premier ministre et d'un gouvernement, le Nord du pays est toujours occupé par les rebelles Touareg du MNLA (autonomistes), les islamistes radicaux d'Ançar Eddine (qui veulent imposer la Charia), et des groupes armés affiliés à AQMI (Al Quaida au Maghreb Islamique). Les prochains jours vont être déterminants pour savoir si l'on s'achemine vers une solution négociée ou une guerre déclarée...
A Boni, les troupes rebelles passent régulièrement pour rappeler à la population qu'ils sont bien présents. Le Centre de Santé et l'école sont toujours épargnés, ce qui ne serait pas le cas dans d'autres localités selon un responsable de la Mairie de Boni. Seule la gendarmerie de Boni, désertée depuis le début, a été vandalisée pour y prendre 3 armes vétustes et une moto. Nous avons eu des nouvelles de Souleymane, le médecin du Centre de Santé, il est toujours dans sa famille à Bamako et nous a assuré vouloir retourner à Boni lorsque la situation sera "stabilisée"...
Le marché du jeudi n'a pas repris son activité habituelle. La semaine dernière, des marchands de Mondoro (60 km au sud de Boni) sont venus vendre du mil avec des charettes tirées par des ânes, mais ils ont été détroussés du produit de leurs ventes par des rebelles. Ces marchands, qui vendent un mil un peu moins cher car il y a peu de frais de transport, ne sont évidemment pas revenus aujourd'hui...
Ce soir, au téléphone, Alabouri du village de Koyo, comme à l'accoutumée, a une voix rassurante pour me dire que "le village va bien". Mais au fil de la conversation je comprends à quel point il est préoccupé par les difficultés d'approvisionnement alimentaire. La spéculation sur le prix du mil atteint des sommets puisque en comparaison avec avril 2011 le prix a doublé. Le sac de 100 kgs qui était à 15000 FCFA en 2011 est aujourd'hui vendu à Boni 35000 FCFA. Alabouri a pu le trouver à 30000 en se déplaçant de 40 km...Le Mali est dans sa période la plus chaude de l'année, rien ne pousse dans la zone sahélienne du Nord, et les cultures maraîchères qui pourraient apporter un complément alimentaire, ne donneront pas de légumes avant au moins 2 mois.Résultat, les adultes du village (450 habitants avec les enfants) ne font qu'un seul repas par jour depuis déjà plusieurs semaines, la fatigue commence à s'installer. Alabouri, qui est l'agent de santé du village, m'assure que pour le moment les enfants ne souffrent pas de malnutrition.
Jusqu'ici le système bancaire était bloqué, impossible de faire parvenir de l'argent sur le compte du village situé à Douentza (100 km). Cependant mercredi la tentative de virement semble avoir réussie. Evidemment cela ne signifie pas encore qu'ils pourront retirer l'argent...Grâce à vos dons, nous avons envoyé 3000 euros soit environ 2 millions de FCFA. Cela correspond à 6,5 tonnes de mil. Le village a estimé qu'il pourrait tenir cette période de "soudure" avec environ 10 tonnes.
Ce soir Alabouri était réconforté par cette nouvelle, il m'a demandé, au nom du village, de transmettre ses salutations à tous ceux qui pensent à eux. Voilà chose faite !
Dr Pierre Lamache