Situation tendue au Mali

Nous continuons à être régulièrement en contact avec nos amis de Koyo, en particulier Alabouri et Hamidou. Nous avons également pu avoir aujourd'hui  le Maire de Boni, Hamadoun Dicko, au téléphone.

Tous nous confirment que la situation reste calme à Boni et dans les environs. Les hommes et les marchandises circulent quasiment normalement et, bonne nouvelle, le prix du mil commence à amorcer une petite baisse puis qu'on peut trouver le sac de 100kg autour de 28000 FCFA au lieu de 30000 (rappelons que le prix habituel à cette période est autour de 15000).

Cependant la situation politique n'est absolument pas réglée. Le gouvernement, à Bamako, peine à trouver ses marques et doit déjà faire face aux contestations sur sa légitimité. Contestation qui est allée il y a 15 jours jusqu'à une tentative de "contre-push" à l'initiative de parachutistes (les "bérets rouges") restés fidèles à l'ancien Président. Cette tentative a avorté non sans faire plusieurs dizaines de morts, rajoutant de l'insécurité et de la confusion à la situation actuelle. Nul doute qu'en attendant, les rebelles du Nord (MNLA, Ansar Eddine, AQMI et autres groupes islamistes) se frottent les mains et en profitent pour renforcer leurs positions. Dans des villes comme Tombouctou, Gao, Kidal, selon les témoignages recueillis (y compris par Human Rights Watch), le radicalisme islamique s'installe brutalement.

A Boni, rien de tel, mais les rebelles et en particulier Ansar Eddine, commencent à organiser des réunions avec les habitants, nommant des personnes pour "garder" le centre de santé ou l'école, et disent s'opposer à tout brigandage (qui seraient plutôt le fait de membres du MNLA, les autonomistes Touareg, ou se réclamant comme tels.) Essaient-ils de gagner les habitants à leur cause dans une zone qui servira sûrement de "tampon" en cas de conflit armé ? Pas impossible, ceux-ci demandant avant tout suffisament de tranquilité pour travailler leurs champs et trouver de la nourriture.

A ce propos et selon Alabouri, qui donne un coup de main au centre de santé quand il descend de Koyo, les cas de malnutrition sont de plus en plus nombreux à Boni et dans les 32 villages avoisinants. Seul le village de Koyo ne se débrouille pas trop mal, à la fois grâce à Alabouri qui surveille de près l'état de santé des enfants, et de l'appui que nous pouvons leur apporter.

Alors qu'ils avaient réduit leur alimentation à un repas par jour, ils peuvent à nouveau en faire deux (situation très habituelle). Pour ne pas consommer trop de mil, ils le mélangent aux feuilles séchées, probablement riches en protéines, d'un arbre qu'ils nomment "l'arbre du chef" (c'est un très bel arbre qui jouxte le quartier du chef de village).

La banque de Douentza étant toujours fermée, Hamidou est allé mercredi dernier à Mopti (300km) car, d'après nos renseignements, il devrait pouvoir retirer l'argent que nous avons envoyé pour le village, dans cette agence. Manque de chance la banque est fermée jusqu'à mardi prochain. Il est donc revenu car les travaux des champs ont repris et l'on a besoin de tous les bras à Koyo. Il va refaire le voyage mardi prochain...

Merci encore pour vos nombreux soutiens et messages de solidarité.

Dr Pierre Lamache

Camille Lamache